IDOLES
L’art des Cyclades et de l’Anatolie à l’Âge de bronze
12 juin - 17 octobre 2021

Cette exposition reconnue d’intérêt national par le Ministère de la Culture et organisée avec la collaboration exceptionnelle du musée du Louvre réunit pour la première fois un ensemble unique de statuettes originaires des Cyclades et d’Anatolie, des œuvres contemporaines des énigmatiques statues-menhirs du musée Fenaille.

Les expositions consacrées à l’art cycladique n’ont pas eu lieu en France depuis 1984 et l’approche croisée entre ces deux cultures est inédite. Le parcours s’attache aussi à révéler l’influence féconde de leur découverte dans la production artistique de la première moitié du XXe siècle (Brancusi, Giacometti, Zadkine…). Près de 65 pièces du musée du Louvre, dont la célèbre tête de Kéros et plus de 30 objets provenant de musées français et européens (Allemagne, Suisse, Belgique) sont réunies exceptionnellement au musée Fenaille jusqu’au 17 octobre. Cette sélection donne à voir des pièces iconiques et un ensemble d’œuvres aux formes singulières encore largement méconnu du grand public.

L’exposition Idoles porte un regard croisé sur les statuettes anatoliennes et cycladiques au tournant du Chalcolithique et de l’Âge du bronze. Les idoles cycladiques sont bien connues pour leur beauté qualifiée de moderne ; celles d’Anatolie partagent le même goût pour une représentation synthétique de la figure humaine. L’exposition propose de mettre en avant les points communs et les spécificités, les rapports d’échanges et d’influences culturelles complexes entre ces deux régions voisines tout en interrogeant la notion « d’idole ». Ce type de démarche n’a jamais fait l’objet d’expositions dédiées. Dans le prolongement de ces comparaisons, l’exposition évoquera l’influence féconde des idoles cycladiques sur la production artistique des années 1900-1950 grâce à quelques confrontations avec des œuvres iconiques de Brancusi, Giacometti, Zadkine…

Tête d'une idole cycladique
Tête d'une idole cycladique. Ma2709. Paris, musée du Louvre. Photo © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Daniel Lebée / Carine Déambrosis

Des idoles à l'origine de la figuration humaine

L’histoire de la découverte des statuettes cycladiques et anatoliennes commence au début du XIXe siècle. Elles ont d’abord été associées à des sociétés considérées à tort comme primitives. C’est dans ce contexte que le terme d’« idole » est improprement utilisé pour les désigner. 

Les statuettes en marbre de l’âge du Bronze n’apparaissent pas dans un monde sans tradition de représentation de la figure humaine.
Elles sont précédées à la période néolithique (8e‑5e millénaires avant J.-C.) par des figurines féminines aux formes opulentes, caractéristiques des bouleversements culturels liés à la sédentarisation et au développement de l’agriculture.
Ces figurines stéatopyges (aux larges fesses) ont une descendance à l’âge du Bronze, mais sous la forme de statuettes schématiques
beaucoup plus abstraites, comme les « idoles violons » ou celles de Beycesultan.

Avant d’être des objets de musée, le plus souvent présentés de manière isolée, comme de belles formes à contempler, ces statuettes étaient des éléments clefs de la vie culturelle et religieuse des communautés qui les fabriquaient. Il convient donc d’en évoquer les
contextes de découverte et les fonctions symboliques : accompagner les morts, participer aux rites de passage, protéger symboliquement le foyer.

Figurine féminine, Variété de Spédos, Groupe de Syros MA5011. Paris, musée du Louvre. Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski
Figurine féminine, Variété de Spédos, Groupe de Syros MA5011. Paris, musée du Louvre. Photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Entre Anatolie et Cyclades

Avant d’être des objets de musée, le plus souvent présentés de manière isolée, comme de belles formes à contempler, ces statuettes étaient des éléments clefs de la vie culturelle et religieuse des communautés qui les fabriquaient. Il convient donc d’en évoquer les
contextes de découverte et les fonctions symboliques : accompagner les morts, participer aux rites de passage, protéger symboliquement le foyer.

Les mondes cycladiques et anatoliens ne sont pas des espaces géographiques cloisonnés. Les fouilles archéologiques nous montrent au contraire que des réseaux d’échanges commerciaux et culturels liaient les îles des Cyclades à la péninsule anatolienne. Par exemple, la quête de métaux précieux était au cœur de ce commerce.
Ces échanges existent aussi dans le domaine de la sculpture. Les formes les plus abstraites se ressemblent-elles par hasard ou sont-elles le fruit de jeux d’influences précis ? Les idoles aux bras croisés sont-elles l’écho d’exemplaires anatoliens qui se présentent dans la même posture ?

Groupe de Pélos. Paris, musée du Louvre. MA3505.
Idole schématique abstraite en forme de violon - Groupe de Pélos. Paris, musée du Louvre. MA3505.
Arp Jean (dit), Arp Hans (1886-1966). Clamart, fondation Arp. AM2004-259.
Arp Jean (dit), Arp Hans (1886-1966). Clamart, fondation Arp. AM2004-259.

Source d'inspiration des artistes contemporains

Considérées comme des curiosités lors de leur découverte au XXe siècle, les « idoles » cycladiques et anatoliennes reçoivent des qualificatifs peu flatteurs tels que « grossier » et « répugnant ». Cette évaluation change fondamentalement au tournant du XXe siècle.
Plus que les archéologues, ce sont alors surtout les artistes qui reconnaissent la haute valeur artistique des statuettes cycladiques, avec l’avènement du primitivisme et de l’abstraction.

L’hiver dernier, à notre invitation, deux artistes contemporains, Daniel Arsham (États-Unis) et Zhang Yunyao (Chine), se sont emparés de la forme emblématique de la tête de Kéros pour livrer leur propre interprétation des valeurs symboliques et esthétiques de l’art cycladique.

Dans Study in Two Heads (lnceptions), des effets de superposition et de transparence conduisent le spectateur à ajuster son regard pour repérer les courbes intriquées des deux modèles choisis par l’artiste : la tête de Kéros et une sculpture de Brancusi, Mademoiselle Pogany. Le décalage entre la texture des originaux et la matité du  feutre s’ajoutent aux jeux de perception induits par le travail de Zhang Yunyao.

Le catalogue de l’exposition « Idoles, L’art de l’Anatolie et des Cyclades à l’Âge du bronze »

Le catalogue de l’exposition « Idoles, L’art de l’Anatolie et des Cyclades à l’Âge du bronze » est disponible en commande au musée Fenaille et en envoi postal.

Sous la direction de Vincent Blanchard, Ludovic Laugier et Aurélien Pierre – Éditions du musée Fenaille – 2021 – 280 p. – 35 €.

Cet ouvrage rassemble les contributions des commissaires de l’exposition et d’auteurs associés autour d’une dizaine d’essais (histoire des découvertes, contextes et fonctions, typologies, échanges, art moderne) et près d’une centaine de notices commentées.

Vidéos autour de l'exposition

Dans le cadre de l’exposition IDOLES, « L’art des Cyclades et de l’Anatolie à l’Age du bronze », le musée du Louvre a organisé une conférence le 21 mai dernier en direct de l’auditorium du Louvre sur le thème de l’exposition.  

Formes simples du Bronze ancien (3ème millénaire avant J.-C.)

« Une mise en regard des statuettes d’Anatolie et des Cyclades » 

Conférence de Vincent Blanchard et Ludovic Laugier, conservateurs au musée du Louvre.

 

Podcast autour de l'exposition

Vincent Blanchard nous en dit plus sur ce qui rend cette exposition si singulière.

Commissariat de l'exposition

Vincent BLANCHARD, conservateur en chef, département des Antiquités orientales du musée du Louvre
Ludovic LAUGIER, conservateur, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre
Aurélien PIERRE, directeur des musées de Rodez agglomération

Exposition organisée avec la collaboration exceptionnelle du musée du Louvre

Partenaires de l'exposition

Exposition reconnue d’intérêt national par le Ministère de la Culture / Direction générale des Patrimoines de France.

Elle bénéficie à ce titre d’un soutien financier exceptionnel de l’Etat.